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Cannage et rempaillage : restaurer l’assise d’une chaise ancienne

Mis à jour le 29 septembre 2026

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L’essentiel : le cannage tresse des brins de rotin refendu, le paillage (ou rempaillage) torsade de la paille, du jonc ou du raphia autour des traverses de l’assise. Une chaise dont le châssis est percé de petits trous se canne à la main, brin par brin ; une chaise dont le châssis porte une rainure reçoit un cannage mécanique, une plaque pré-tissée bloquée par un jonc collé. C’est la conception du châssis qui impose la technique, pas le goût du propriétaire. Ces travaux relèvent du canneur-rempailleur, métier d’art à part entière, tandis qu’un châssis cassé ou branlant se répare d’abord chez un ébéniste.

Cet article complète notre guide restaurer un meuble ancien.

Canne ou paille, deux matières pour une même assise

On dit souvent « rempailler » pour tout ce qui touche une assise tressée. Les professionnels, eux, distinguent nettement les deux savoir-faire, même s’ils sont souvent réunis dans le même atelier. L’Institut pour les savoir-faire français résume le métier ainsi : le canneur-rempailleur garnit les plateaux d’assise avec du rotin pour le cannage, de la paille, du jonc ou du raphia pour le paillage.

Le cannage utilise le rotin, un palmier liane qui pousse surtout en Asie du Sud-Est. On le refend en brins calibrés, que l’on assouplit dans l’eau avant de les tisser. Le résultat est ce motif ajouré, en petits octogones, qu’on reconnaît de loin. En France, l’usage du cannage remonte au milieu du XVIIe siècle, mais c’est à partir de la Régence qu’il devient vraiment à la mode sur les sièges.

Le paillage est une assise pleine, obtenue en enroulant des torons de fibres végétales autour des quatre traverses, du bord vers le centre. On y emploie de la paille de seigle, du jonc, parfois du raphia ou aujourd’hui des fils de cellulose. Dans le paillage traditionnel, on associe souvent deux matières : une paille de marais qui forme le corps de l’assise et en assure la tenue, et une paille de seigle, plus claire et régulière, qui l’habille en surface.

Cannage à la main ou cannage en plaque : savoir lire le châssis

Photographie ancienne d'une charrette à bras chargée de chaises bistrot, portant l'enseigne « Cannage et paillage de couleur, réparations, vernissage, Maison Heller, 45 cours de Vincennes », dans une rue pavée de Paris
Rempailleur, cours de Vincennes, Paris, vers 1900-1906 (illustration). Photo : Louis Vert, CC0, via Wikimedia Commons (Paris Musées)

Avant même de parler de devis, retournez la chaise. Tout se joue sur le cadre de l’assise ou du dossier.

Ce qu’on observe Cannage à la main (traditionnel) Cannage mécanique (en plaque)
Pourtour du châssis Une rangée de petits trous traversants Aucun trou, une rainure (gorge) creusée dans le bois
Dessous de l’assise Petits nœuds de canne, points d’attache des brins Rien de visible sous le cadre
Dessus, au bord Petites boucles ou « ponts » qui maintiennent les brins Un jonc (moelle de rotin) serti et collé dans la rainure
Fabrication Tissage brin par brin, en passes successives croisées Plaque pré-tissée, découpée dans un rouleau puis enfoncée et collée
Usage courant Sièges anciens, travail entièrement artisanal Fabrication en série

Il existe une troisième variante, le cannage collé chevillé, souvent employé sur les dossiers : les trous ne traversent pas le bois (on parle de trous borgnes), et les brins y sont collés puis bloqués par des chevilles.

Le point essentiel, les artisans canneurs le répètent : on ne choisit pas une technique plutôt que l’autre, c’est le châssis qui décide. Poser une plaque sur une chaise conçue pour un cannage main est une tentation courante, parce que c’est plus rapide. Le résultat est médiocre et peu durable, et l’opération abîme souvent le cadre à force de colle, d’agrafes ou de rainure improvisée. Sur un siège ancien, c’est une erreur qui se paie à la revente et qui complique la restauration suivante.

Ce qui abîme une assise tressée

Une assise cannée ou paillée bien faite dure longtemps. Elle meurt rarement de vieillesse, plus souvent de mauvais traitements. Monter debout sur une chaise pour atteindre une étagère est le grand classique : tout le poids se concentre sur quelques centimètres carrés, et les brins cèdent. Les objets lourds ou pointus posés sur l’assise font le même effet, en plus lent.

La chaleur sèche d’un radiateur ou d’un soleil direct fragilise la canne et la paille, qui deviennent cassantes. À l’inverse, une chaise stockée dans une cave humide voit ses fibres moisir et son châssis travailler. Pour l’entretien courant, un dépoussiérage suffit ; nos astuces pour l’entretien des meubles en bois valent pour le cadre.

Dernier piège, et non des moindres : refaire l’assise d’une chaise dont le châssis bouge. Un assemblage desserré, un pied fendu ou une traverse fêlée ruineront en quelques mois un cannage neuf, car la tension des brins s’exerce sur le cadre. Le bon ordre est toujours le même : d’abord le bois, chez un menuisier ou un ébéniste qui recolle les assemblages à la colle chaude, ensuite l’assise.

Le canneur-rempailleur, un métier d’art à part

C’est un métier de patience et de doigts, que l’Institut pour les savoir-faire français range parmi les métiers d’art de l’ameublement. La plupart des canneurs-rempailleurs exercent en indépendants, pour une clientèle essentiellement privée ; quelques ateliers travaillent aussi pour des institutions comme le Mobilier national. La formation de référence est le CAP cannage paillage en ameublement, préparé en un ou trois ans, complété par un CQP accessible en formation continue.

Au premier contact, montrez des photos du dessus et du dessous de l’assise, et posez quelques questions simples. L’artisan reprend-il le cannage à l’identique, avec la même finesse de brin et le même motif ? Contrôle-t-il l’état du châssis avant de commencer ? Travaille-t-il avec un ébéniste pour les réparations du bois ? Un professionnel sérieux vous dira aussi quand une assise mérite simplement d’être réparée localement plutôt que refaite entièrement.

Enfin, si vos chaises cannées ou paillées forment un ensemble ancien, avec des fauteuils garnis de la même époque, le guide sur la restauration d’un fauteuil ancien détaille le travail du tapissier, et notre article pilier restaurer un meuble ancien : quand appeler un ébéniste aide à organiser l’ensemble du chantier.

Châssis branlant, pied fendu, traverse cassée ? Avant de refaire le cannage ou le paillage, faites consolider le bois par un professionnel : l’annuaire des ébénistes professionnels vous aide à trouver un atelier près de chez vous.
Assise de fauteuil à bascule en bois tressée en fibre torsadée, dont le tressage forme quatre triangles se rejoignant au centre
Assise paillée d'un fauteuil en bois (illustration). Photo : TheLivingRoominKenmore, CC BY 2.0, via Flickr

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre cannage et rempaillage ?

Le cannage est un tissage ajouré de fines lanières de rotin, passées dans des trous percés autour du châssis ou, pour le cannage mécanique, une plaque tissée bloquée dans une rainure. Le rempaillage, ou paillage, forme une assise pleine en enroulant des torons de paille de seigle, de jonc ou d’autres fibres autour des traverses du siège.

Comment savoir si une chaise est cannée à la main ?

Regardez le pourtour de l’assise : un cannage main passe par une rangée de petits trous percés dans le cadre, et l’on voit dessous les petits nœuds d’attache des brins. Si le cadre ne présente aucun trou mais une rainure fermée par un jonc collé, il s’agit d’un cannage mécanique en plaque.

Peut-on remplacer un cannage à la main par un cannage en plaque ?

Non, c’est la conception du châssis qui impose la technique. Poser une plaque sur un châssis percé de trous oblige à le modifier ou à le surcharger de colle et de fixations, pour un résultat moins durable ; sur une chaise ancienne, cela lui fait perdre de sa valeur et complique toute restauration ultérieure.

Avec quelle paille rempaille-t-on une chaise ?

Le paillage traditionnel utilise surtout la paille de seigle, souvent associée à une paille de marais qui forme le corps de l’assise, mais aussi le jonc ou le raphia. Les ateliers proposent aussi des fils de cellulose, plus réguliers, et des paillages colorés pour des réalisations décoratives.

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