L’essentiel : en ébénisterie, le bois de rose désigne un bois brésilien du genre Dalbergia, principalement Dalbergia decipularis, jaune rosé veiné de rouge à violet, très employé en placage et en marqueterie au XVIIIe siècle, surtout sous Louis XV. Il ne faut le confondre ni avec le palissandre (d’autres Dalbergia, plus sombres) ni avec le bois de rose de parfumerie, qui vient d’un autre arbre. Tous les Dalbergia sont inscrits à la CITES : le palissandre de Rio (Dalbergia nigra) à l’annexe I depuis 1992, les autres espèces à l’annexe II depuis 2017. Pour un meuble ancien, le ministère de la Transition écologique indique que les spécimens travaillés acquis avant le 3 mars 1947 échappent à ces restrictions, ivoire mis à part.
Cet article complète notre guide restaurer un meuble ancien.
Un nom, plusieurs bois
Peu de mots créent autant de confusion chez les amateurs de meubles anciens. Dans les ateliers parisiens du XVIIIe siècle, le bois de rose est un bois de placage importé du Brésil, que les lexiques spécialisés et l’encyclopédie rattachent à Dalbergia decipularis. Il pousse dans la forêt atlantique brésilienne, de Bahia à l’État de São Paulo. Son bois est jaune rosé, parcouru de veines plus foncées qui vont jusqu’au violet, avec un fil serré et régulier.
La confusion vient d’abord de l’anglais. « Rosewood » y désigne toute la famille des palissandres, c’est-à-dire de nombreuses espèces de Dalbergia dont l’aspect est en général très différent du bois de rose des ébénistes français, beaucoup plus sombre. Par extension, et par abus de langage, plusieurs Dalbergia ont fini par être appelés bois de rose.
Elle vient aussi de la parfumerie. L’huile essentielle de bois de rose est tirée d’un arbre sans aucun rapport, Aniba rosaeodora, de la famille des Lauracées, originaire d’Amazonie et de Guyane. Si une annonce mêle les deux, méfiance.
| Appellation | Espèce | Aspect | Statut CITES |
|---|---|---|---|
| Bois de rose (ébénisterie) | Dalbergia decipularis | Jaune rosé, veines plus foncées jusqu’au violet | Annexe II (annotation #15), annexe B dans l’Union européenne |
| Bois de violette | Dalbergia cearensis | Teinte violette, veines plus sombres | Annexe II (annotation #15), annexe B dans l’Union européenne |
| Palissandre de Rio | Dalbergia nigra | Cœur brun violacé | Annexe I depuis le 11 juin 1992, annexe A dans l’Union européenne |
| Bois de rose (parfumerie) | Aniba rosaeodora | Sans usage en ébénisterie ancienne | Hors genre Dalbergia |
Le bois des commodes Louis XV

Le bois de rose apparaît dans l’ébénisterie parisienne sous la Régence et connaît sa plus grande vogue sous Louis XV. Les arrivages sont attestés à partir de 1726, d’abord par les ports de Nantes et de Lorient, plus tard par Rouen et Le Havre, avant de remonter vers Paris par voie d’eau. Les plus grands noms l’ont employé jusqu’à la Révolution, d’Oeben et Joubert à Riesener et Carlin.
On ne le trouve presque jamais en bois massif. C’est un bois de placage, débité en feuilles minces et collé sur un bâti en bois plus courant. Les ébénistes le disposaient souvent en frisage, en « ailes de papillon » ou en losanges, et l’encadraient volontiers de filets d’un bois plus sombre, amarante ou violette, pour faire ressortir sa couleur claire. Il entre aussi dans les marqueteries florales. Le Louvre conserve par exemple une commode attribuée à l’atelier de Jean-Baptiste Hédouin, vers 1745, plaquée de bois de rose et de violette, avec de grandes branches fleuries en bois de bout.
C’est cette combinaison, bois de rose clair cerné de violette sombre, qui fait l’élégance de tant de commodes, secrétaires et petites tables de l’époque. C’est aussi ce qui les rend fragiles : un placage mince, sur un bâti qui travaille, ne supporte ni les chocs d’humidité ni les colles modernes. Notre article sur la restauration d’une marqueterie détaille les désordres typiques et les bons gestes.
Ce que la CITES change pour votre meuble
Pour protéger des espèces longtemps surexploitées, à commencer par le palissandre de Rio, le commerce de tous les Dalbergia est encadré par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), appliquée dans l’Union européenne par le règlement (CE) n° 338/97.
Le palissandre de Rio (Dalbergia nigra) est inscrit à l’annexe I de la CITES depuis le 11 juin 1992, et à l’annexe A du règlement européen. Le ministère de la Transition écologique rappelle que l’utilisation commerciale des spécimens de l’annexe A est interdite, y compris à l’intérieur de l’Union, sauf dérogation prenant la forme d’un certificat intracommunautaire (CIC).
Les autres Dalbergia, dont le bois de rose et le bois de violette, sont inscrits à l’annexe II depuis le 2 janvier 2017, avec une annotation (#15) qui précise les produits concernés, et à l’annexe B dans l’Union. L’annotation a été révisée en 2019 ; la 20e conférence des parties, réunie à Samarcande fin 2025, l’a maintenue en confirmant l’exemption des instruments de musique finis.
Le cas des meubles anciens. La réglementation prévoit une exception pour les spécimens travaillés, c’est-à-dire des matières dont l’état brut a été largement modifié pour en faire des objets décoratifs, artistiques ou utilitaires. Selon le ministère, les spécimens travaillés acquis avant le 3 mars 1947 échappent aux restrictions, seul l’ivoire d’éléphant travaillé faisant exception. Une commode Louis XV plaquée de bois de rose relève en principe de ce cas, encore faut-il pouvoir établir son ancienneté : une expertise, une facture d’achat ancienne, un inventaire successoral sont utiles à conserver.
Deux situations demandent une vérification auprès de l’administration avant d’agir. Un meuble postérieur à 1947 contenant du palissandre de Rio, qui ne peut être vendu sans CIC. Et toute sortie de l’Union européenne, pour une vente à l’étranger ou un déménagement, quel que soit l’âge du meuble. Les démarches se font sur la plateforme i-CITES du ministère, et les services de l’État en région renseignent sur les pièces à fournir. Les règles évoluent d’une conférence à l’autre : vérifiez toujours l’état du droit au moment de la transaction.
Entretenir un placage de bois de rose
La bonne nouvelle, c’est que l’entretien d’un meuble en bois de rose demande surtout de la retenue. L’Institut canadien de conservation, qui fait référence en la matière, recommande pour un fini en bon état un simple époussetage avec un chiffon de coton doux, et des cirages peu fréquents, en couche mince, avec une cire en pâte sans colorant ni parfum, lustrée une fois sèche. Il déconseille les produits de rénovation et les « polish » du commerce, dont les huiles et silicones attirent la poussière et gênent les traitements futurs. Le bois, rappelle-t-il, n’a pas besoin d’être « nourri ».
L’essentiel se joue sur l’environnement. Éloignez le meuble du soleil direct et des radiateurs, évitez les variations brusques d’humidité, et ne posez pas de vase ou de plante directement sur le plateau. Pour choisir et appliquer une cire, notre guide sur la cire d’abeille pour meuble ancien donne la marche à suivre.
Dès que le placage cloque, se soulève ou qu’un filet se détache, on arrête tout produit et on confie le meuble à un professionnel. Si la pièce paraît de qualité, faites-la voir avant toute intervention : notre page sur l’estimation d’un meuble ancien explique à qui s’adresser. Et pour le cadre général d’une restauration, lisez notre guide restaurer un meuble ancien : quand appeler un ébéniste.

Questions fréquentes
Qu’est-ce que le bois de rose en ébénisterie ?
C’est un bois brésilien du genre Dalbergia, principalement Dalbergia decipularis, de couleur jaune rosé veinée de tons plus foncés allant jusqu’au violet. Employé en placage et en marqueterie, il a été très utilisé par les ébénistes parisiens du XVIIIe siècle, en particulier sous Louis XV, souvent associé au bois de violette.
Le bois de rose est-il une espèce protégée ?
Oui. Toutes les espèces de Dalbergia sont inscrites à la CITES : le palissandre de Rio (Dalbergia nigra) à l’annexe I depuis 1992, les autres, dont le bois de rose, à l’annexe II depuis le 2 janvier 2017. Leur commerce international est encadré, avec des exceptions, notamment pour les spécimens travaillés acquis avant le 3 mars 1947.
Peut-on vendre une commode ancienne en bois de rose ?
En France, un meuble ancien plaqué de bois de rose, fabriqué et acquis avant le 3 mars 1947, relève de l’exception prévue pour les spécimens travaillés, ce que le ministère de la Transition écologique rappelle. Il est prudent de conserver une expertise ou tout document attestant son ancienneté ; pour un meuble plus récent en palissandre de Rio, ou pour toute vente hors de l’Union européenne, renseignez-vous auprès de l’administration via la plateforme i-CITES avant la transaction.
Quelle différence entre bois de rose et palissandre ?
Les deux appartiennent au genre Dalbergia, mais le bois de rose des ébénistes est clair, jaune rosé veiné de rouge à violet, alors que les palissandres, comme le palissandre de Rio, sont nettement plus sombres, dans les bruns violacés. L’anglais « rosewood » désigne l’ensemble des palissandres, ce qui entretient la confusion.