L’essentiel : le style Napoléon III, ou Second Empire, correspond au règne de Napoléon III, de 1852 à 1870. Son trait majeur est l’éclectisme : il mélange sans complexe Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Renaissance, gothique et inspirations orientales. On le reconnaît au bois noirci (souvent du poirier), aux incrustations de nacre et de laiton, au papier mâché laqué noir, à la marqueterie Boulle remise au goût du jour et surtout aux sièges entièrement garnis et capitonnés, comme le crapaud, le pouf, le confident ou la chauffeuse. C’est le règne du tapissier autant que de l’ébéniste.
Cet article fait partie de notre guide des styles de meubles.
Un empire qui collectionne les styles
Neveu de Napoléon Ier, Louis-Napoléon Bonaparte est d’abord élu président de la République en décembre 1848. Le coup d’État du 2 décembre 1851 ouvre la voie au rétablissement de l’Empire, qui durera jusqu’en 1870. Les années 1850 sont celles de la prospérité, de l’industrialisation, des fêtes de la cour et des grands travaux menés à Paris par le baron Haussmann.
Le mobilier suit cette ivresse. L’éclectisme, déjà sensible sous Louis-Philippe, prend toute son ampleur. Le musée des Arts décoratifs décrit un goût qui mélange Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, ajoute des formes rocaille et beaucoup de confort grâce aux ressorts et aux capitons. L’impératrice Eugénie se passionne pour Marie-Antoinette, au point que le néo-Louis XVI prend le nom de « Louis XVI-Impératrice ». Des maisons comme Beurdeley, Sormani ou Zwiener se spécialisent dans la copie du XVIIIe siècle. Le néogothique profite des publications de Viollet-le-Duc, la Renaissance inspire les grands meubles à deux corps, et les objets venus de Chine et du Japon envahissent le marché.
Résultat, un style difficile à définir par ses formes. Les jurys des expositions universelles eux-mêmes déploraient ce manque d’unité.
Noir, nacre, laiton et capitons

Le bois noirci est particulièrement apprécié. Le plus souvent, c’est du poirier teinté en noir pour imiter l’ébène, une pratique que le musée des Arts décoratifs fait remonter à la monarchie de Juillet. Sur ce fond sombre, les ébénistes posent des filets de laiton, des incrustations de nacre, parfois de l’ivoire. La marqueterie d’ébène et d’ivoire devient très prisée à partir des années 1860.
Le papier mâché est l’autre grande vedette. Fait de carton bouilli et de plâtre, moulé industriellement, laqué noir et incrusté de nacre, il est arrivé d’Angleterre sous Louis-Philippe et connaît un grand engouement. Il donne un effet somptueux à un coût abordable.
La marqueterie Boulle, enfin, fait un retour remarqué. Née sous Louis XIV avec le mariage de l’écaille de tortue et du laiton, elle était déjà imitée sous Louis-Philippe, dans des meubles dits « dans le genre Boulle ». Le marquis de Hertford, installé à Paris sous le Second Empire, faisait réaliser des imitations coûteuses de modèles célèbres de Boulle, rappelle la Wallace Collection. Le musée des Arts décoratifs expose de son côté une table de milieu de François Gautier, vers 1860, où l’ébène, l’ivoire gravé et les filets de laiton reprennent cette logique de contraste entre fond sombre et décor clair.
Reste le textile, qui prend une telle place qu’on parle de « style tapissier ». Le capiton fait son grand retour : un rembourrage de crin sur lequel le tissu, plié et piqué, forme de petits losanges maintenus par des boutons. De hautes franges de passementerie cachent les pieds, souvent montés sur roulettes.
Du crapaud au meuble d’appui, les pièces à reconnaître
Le fauteuil crapaud
Entièrement garni, sans aucun bois apparent. Il est né sous la monarchie de Juillet selon le musée des Arts décoratifs, mais il s’accorde parfaitement au goût du Second Empire pour le capiton et la frange.
Le pouf
Gros tabouret cylindrique, rembourré et capitonné. Ses pieds, quand ils se voient, imitent volontiers d’autres matières en bois sculpté, cordage ou bambou.
Confident, indiscret et chauffeuse
Le Second Empire invente une famille de sièges de conversation. Le confident réunit deux places qui se font face, l’indiscret en compte trois. Le Louvre en présente dans les appartements Napoléon III, aménagés en 1861 pour le ministre d’État. La chauffeuse, siège bas placé près de la cheminée, et la borne, grand canapé circulaire, complètent ce mobilier de salon.
La chaise volante
Légère, facile à déplacer d’un groupe de conversation à l’autre, d’où son nom. Elle se rencontre souvent en bois noirci rehaussé de dorures ou de nacre, avec un dossier ajouré.
Le meuble d’appui
Meuble bas à hauteur d’accoudoir, il sert de support aux objets et de vitrine au savoir-faire de l’ébéniste. Marqueterie Boulle, bronzes dorés, panneaux peints : c’est sur lui que l’éclectisme s’exprime le plus librement.
Napoléon III ou victorien, comment ne plus confondre
Les deux styles sont contemporains, nés du même essor industriel et du même goût pour les styles anciens. La confusion est fréquente, surtout pour les sièges rembourrés et le papier mâché. Le style victorien a sa propre page, mais les grands repères tiennent en un tableau.
| Repère | Napoléon III (Second Empire) | Victorien |
|---|---|---|
| Pays et période | France, 1852-1870 | Royaume-Uni, règne de Victoria, 1837-1901 |
| Références dominantes | styles Louis XIV, XV, XVI (dont le « Louis XVI-Impératrice »), Renaissance, gothique, Orient | néogothique porté par A. W. N. Pugin, reprises des styles anciens |
| Matériaux signatures | bois noirci, poirier noirci, nacre, laiton, marqueterie Boulle, ébène et ivoire | papier mâché des manufactures de Birmingham, comme Jennens & Bettridge |
| Vitrine | expositions universelles de Paris | Great Exhibition de Londres, 1851 |
| Durée | une vingtaine d’années, mais un style prolongé bien après 1870 | plus de soixante ans, avec plusieurs phases et la réaction Arts & Crafts |
Le papier mâché incrusté de nacre est le cas le plus piégeux. La technique vient d’Angleterre, et la maison Jennens & Bettridge de Birmingham, présente à la Great Exhibition, en a fabriqué jusqu’aux grands meubles. Une marque de fabricant, quand elle existe, tranche la question mieux que l’œil.
Époque, style ou pastiche ?
La datation d’un meuble Napoléon III se heurte à un paradoxe. Le Second Empire copiait lui-même le XVIIIe siècle. Un meuble Louis XVI de Beurdeley peut donc être à la fois une copie et une œuvre Napoléon III de premier ordre. Le musée des Arts décoratifs conserve d’ailleurs un meuble d’appui de la maison Beurdeley daté vers 1880, preuve que ce goût déborde largement la chute de l’Empire.
Autrement dit, « style Napoléon III » désigne souvent un mobilier fabriqué entre les années 1850 et la fin du siècle, et parfois bien plus tard. Pour situer une pièce, regardez la qualité d’exécution plutôt que le seul décor. Une marqueterie de laiton finement découpée, une nacre bien ajustée, un noircissement profond et régulier, des bronzes ciselés parlent pour un bon atelier, quelle que soit la date exacte. Pour les meubles voisins et plus sobres de la génération précédente, voyez la page sur le style Louis-Philippe.
Restaurer nacre, laiton et capitons
Un meuble Napoléon III se restaure à plusieurs mains. Pour la caisse, c’est l’ébéniste. Les filets de laiton qui se soulèvent, les éclats de nacre perdus et les manques de marqueterie Boulle demandent de recoller, de redresser et de retailler des pièces à l’identique, un travail proche de celui que décrit notre guide de la restauration de marqueterie. L’erreur classique consiste à repeindre en noir tout le bois noirci pour masquer les usures, ce qui empâte les incrustations et fait perdre le brillant d’origine.
Le papier mâché laqué, lui, ne se traite pas comme du bois massif. Une laque fendillée ou une nacre qui se détache relèvent d’un restaurateur habitué aux laques, pas d’un simple coup de vernis.
Pour les sièges, le tapissier prend le relais : refaire un capiton selon les règles, avec crin et boutons, reprendre des ressorts, poser une passementerie adaptée. Notre article sur la restauration d’un fauteuil ancien explique comment organiser ces interventions. Côté budget, un ébéniste facture généralement entre 45 et 75 € HT de l’heure (indicatif) ; la quantité d’incrustations à reprendre et la rareté des matériaux (nacre, écaille, bronze) pèsent plus lourd que la taille du meuble.
Un meuble d’appui en marqueterie Boulle, une table en bois noirci incrustée de nacre, un confident à regarnir ? Les ébénistes de notre annuaire vous répondent avec un devis détaillé après examen. Pour un atelier en région parisienne, consultez la page des ébénistes à Paris.

Questions fréquentes
Comment reconnaître un meuble Napoléon III ?
Cherchez un bois noirci, souvent du poirier, décoré de filets de laiton, d’incrustations de nacre ou d’une marqueterie Boulle, un mélange de références aux styles Louis XIV, Louis XV, Louis XVI et Renaissance, et pour les sièges un garnissage capitonné qui cache le bois, souvent bordé de franges. L’accumulation d’ornements est elle-même un indice.
Quelles sont les dates du style Napoléon III ?
Le Second Empire va de 1852 à 1870, après le coup d’État du 2 décembre 1851. Le goût Napoléon III a cependant continué à inspirer les ateliers jusqu’à la fin du XIXe siècle, si bien que beaucoup de meubles dits Napoléon III sont postérieurs à 1870.
Quelle est la différence entre Napoléon III et Louis-Philippe ?
Le Louis-Philippe (1830-1848) reste sobre, avec de l’acajou, des doucines et des colonnettes tournées. Le Napoléon III reprend certaines de ses nouveautés, comme le poirier noirci, le genre Boulle ou le fauteuil crapaud, mais les pousse vers l’abondance décorative, le noir brillant, la nacre et le capitonnage généralisé.
Qu’est-ce qu’un fauteuil crapaud ?
C’est un fauteuil entièrement garni de tissu, sans bois apparent. Apparu sous Louis-Philippe selon le musée des Arts décoratifs, il s’accorde parfaitement au goût du Second Empire pour le capitonnage et les franges de passementerie qui cachent les pieds.